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« Allez, vous aussi à ma Vigne »

Il y a des passages de l’évangile qui sont difficiles à commenter dans un contexte de récession économique où les slogans « travailler plus pour gagner d’avantage » semblent être la norme ; dans un contexte de chômage où la courbe fléchit sans amorcer véritablement la pente ; dans un contexte où les signaux de reprise de l’économie sont ternes au point de faire éclabousser l’indice de confiance sans lequel les investisseurs ne peuvent se jeter à l’eau… Ce contexte ne peut que jeter la stupeur et la confusion dans la tête du citoyen « Lambda », et du chrétien que je suis. Et pourtant, Jésus nous interpelle : « Allez, vous aussi à ma Vigne »

Au juste qu’est-ce que Jésus veut bien nous faire découvrir dans cette parabole où les ouvriers de la dernière heure gagnent autant que ceux de la première ? N’y aurait-il pas une injustice dans les salaires distribués par ce Maître ? Au risque de mal poser le problème de cette parabole, commençons par quelques remarques qui feront parler le texte :

Dans cette parabole, il ne s’agit pas d’un enseignement de Jésus en matière sociale, ni d’une quelconque instruction sur les relations entre employeurs et employés. Même si ce Maître appelle tout le monde pour le « boulot » dans sa vigne, je ne saurais déduire qu’il s’agisse d’une solution contre le chômage de plus en plus endémique dans notre société. Cette parabole est un enseignement sur « le Royaume des cieux ». Manifestement, la logique du « Royaume des cieux » n’est pas celle du « royaume de notre monde ». Isaïe nous le fait remarquer dans une métaphore saisissante : « autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées »

Dans cette parabole, la stricte justice distributive qui consiste à donner à chacun ce qui lui revient en tenant compte du mérite et des différences individuelles ne semble être la recette indiquée. Tout au plus, parlerait-on de la justice commutative qui est l’équivalence des échanges et obligations…, une justice qui régit les échanges et les contrats ?

Restons un peu sur cette notion de contrat, une clause passée entre deux parties !

Nous constatons que l’évangéliste tient à noter une négociation salariale : avant de commencer leur travail, les deux parties sont d’accord sur le salaire qui sera versé après une journée du travail : « une somme d’une pièce d’argent pour la journée ». Le contrat est clair pour les ouvriers de la première heure comme ceux de la dernière. A la fin, ce maître honore bien les clauses du contrat.

Le critère n’est donc pas l’arbitraire du Maître, mais sa bonté. Une bonté qui bouleverse totalement les systèmes habituels. Tout est à l’opposé de notre logique et de notre conception des choses : « Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes pensées sont au-dessus de vos pensées » !

 

Ce décalage est un indice de renversement de la norme des choses de cette parabole des ouvriers de la vigne :

La vigne est une image expressive « du royaume des cieux », où l’amour du propriétaire se conjugue avec l’apport des ouvriers, sans être déterminant ! la vigne, tout comme le royaume des cieux, est un grand champ ouvert aux ouvriers de toute heure ; le salaire se greffe sur la bonté du Maitre : « je veux donner à ce dernier autant qu’à toi »

En parallèle avec nos vignes qui poussent généreusement sur le Plateau de l’Issole, celle de l’évangile, symbole fort du Royaume des cieux, n’est pas une vigne à strates, ni une vigne sur une colline où certains aimeraient se retrouver au sommet alors que d’autres sont en aval ; mais une vigne sur pied, une vigne sur la plaine où tout le monde est au même niveau… Dans cette vigne, l’essentiel est de cultiver la parcelle qui nous a été confiés au moment de l’appel : le matin ? A midi ? Le soir ou plus tard encore… ?

Dieu qui appelle tous les hommes de tout temps et leur donne une récompense juste, fais-nous comprendre que ta bonté vaut mieux que nos mérites, que ton appel précède à notre « oui », ta miséricorde est plus vive que nos capacités… Apprends-nous à te rendre grâce, pour « tant de grâces »

 

Père Dieudonné MASSOMA,