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Dieu nous sollicite !

De la parabole de la Vigne dimanche dernier à celle des invités aux Noces ce dimanche, Dieu ne cesse de nous présenter son visage de sollicitude. Au-delà d’une attitude de politesse, d’une démarche affectueuse et pressante, la sollicitude de Dieu vis-à-vis de l’homme est spécifiquement prévenance affectueuse, celle qui entoure l’homme d’une bienveillance inégalable.
Déjà dimanche dernier, à travers l’image du propriétaire de la Vigne, nous avons vu Dieu s’investir : préparer la terre, planter une vigne, l’entourer d’une clôture de protection et la donner en fermage.
Qui est Dieu pour nous solliciter ainsi, Vigne de la nouvelle alliance ? Ce Dimanche, Dieu emprunte le visage « d’un restaurateur au cœur généreux ».Derrière le mot « restaurateur », il ne s’agit pas d’abord de son premier sens qui saute aux yeux (celui qui tient un restaurant), mais de son sens original : restaurateur, c’est celui qui établit dans l’état initial, originel : s’asseoir à la même table avec Dieu, partager le même repas avec Lui, festoyer en Sa présence et avec Lui…, voilà le projet initial de Dieu avec l’humanité.

A écouter Isaïe, ce beau projet a quelque peu avorté…, il a connu des difficultés pour son aboutissement. De toutes les façons, le projet initial du « Concepteur » ne coïncide plus avec le quotidien des bénéficiaires ! Je ne saurais m’attarder sur les causes de dysfonctionnements : le peuple est-il en Exil ? Traverse-t-il les aléas de l’histoire et du temps ? Est-il en train de subir une oppression ? Connait-il une situation déstabilisante ? Tout force à croire que l’image du Dieu-restaurateur que décrit le prophète est un réveil de la conscience, un ressourcement, une restructuration de la mémoire, un plongeon collectif dans la mémoire du peuple et de sa foi en Dieu, fidèle en ses promesses.

Les Noces que Dieu prépare constituent le rêve de ce peuple en situation ! Certes, Isaïe utilise un langage symbolique, non pour traduire le fait dans sa matérialité, mais pour projeter la confiance de ce peuple en situation d’errance sur ce que Dieu est encore capable de faire : organiser le festin à son  endroit!

La particularité de ce festin divin n’est pas dans ce qu’il offre ( un festin de viandes grasses et de vins capiteux, de viandes succulentes et de vins décantés) mais dans le choix des invités : désormais les convives de Dieu viennent de partout. Dieu ouvre sa table à tous les peuples de la terre. La sollicitude de Dieu n’est plus cantonnée aux invités de la première heure, mais aussi à ceux de la dernière heure. Pas si étonnant que de l’image du Dieu-restaurateur, le Psaume de ce dimanche utilise une expression connexe : le Dieu-berger ! Le berger montre toujours ses égards à son troupeau quand il le conduit vers les pâturages. Nourrir le troupeau, l’abreuver, le protéger restent le souci majeur de tout berger ! Les difficultés n’arrêtent pas la bienveillance de pasteur : pas mêmes les ravins escarpés, ni les loups voraces !

Parfois la bienveillance, l’appel affectueux du pasteur se heurte à d’autres sollicitations bien objectives et plus concrètes. N’est-ce pas la vie humaine immobilisée par des amarres bien ficelées ? L’évangile nous en donne quelques-unes. Seulement, quelle serait la couleur d’un festin sans les convives ? Leur présence est indispensable ! Dieu est-il déçu face au refus des invités ? Certainement ! Seulement, il n’est pas à court de moyens. Des premiers invités, il se penche vers d’autres ! Un festin universel est déjà en filigrane dans la première lecture. Les premiers invités ne sont pas les derniers dans le projet de Dieu ! Et les derniers ne peuvent prévaloir d’une dérogation qui ne corresponde à son appel.

« Heureux les invités aux festins des Noces de l’Agneau » dit le prêtre à la messe ! L’appel est universel, il s’adresse à tout le monde ; mais la réponse est personnelle. Elle suit l’histoire de chacun, sa situation particulière, sa liberté et ses convictions intimes ! Autrement dit, il ne s’agit pas de répondre présent à l’appel, mais de correspondre à l’appel. Là se trouve le terrain où la dignité est un fertilisant.

« Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir… » Puisse sa Parole d’invitation préparer nos cœurs à vibrer librement à la dimension de l’appel gratuit qui nous est adressé !

Père Dieudonné MASSOMA