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Mon enfant, va travailler dans ma Vigne.

Décidément, la métaphore de la Vigne irrigue notre méditation ces derniers jours. Déjà dimanche dernier, il était question des ouvriers appelés aux heures différentes avec un même salaire. Ce dimanche, on est en face d’un appel presque simultané : un appel non pas d’un propriétaire aux ouvriers, mais d’un père à ses deux fils : « mon enfant, va travailler dans ma vigne » !

En donnant un même salaire aux ouvriers de la première et de la dernière heure, Jésus attirait notre attention sur la bonté du Maître qui veut combler chacun indépendamment des mérites. Sa justice se règle sur la gratuité, sur le don sans mesure et sans calcul… On a vite conclu, dans notre logique, de trouver que ce Maître était arbitraire, son attitude était analysée sous le prisme de notre œil qui a tendance à regarder dans la cagnotte du voisin.

Ce dimanche, que va-t-on encore reprocher à ce Père qui appelle gentiment ses enfants pour aller travailler à la vigne ? Doit-il garder le silence devant cette vigne qu’il présume comme héritage pour ses deux enfants ? Par analogie, on le sait avec La Fontaine que « le père mort, les fils retrouvent le champ ». La vigne est destinée aux enfants : ils sont les héritiers de la sueur et des nuits de veille de leur Père. « Mon fils, ce qui est à moi est à toi » dira jésus dans la parabole de l’enfant prodigue ! « Mon enfant, va travailler dans ma Vigne » est la marque d’une sollicitude de père, son rêve de faire bénéficier à ces enfants un avenir meilleur !

Plus qu’une recommandation de legs, « Allez travailler à ma vigne » est tout simplement un conseil avisé, une attitude pleine d’amour pour ses enfants. Il appelle le premier qui lui oppose un « non » catégorique, le second, un « oui » hypocrite ! Le père, à raison, pourrait être blasé ! Mais au fond, Le problème n’est ni dans le « non » du premier, ni dans le « oui » du second. Chaque réponse puise dans la liberté propre à chaque enfant. Cette liberté est un acquis dès la création ! On ne saurait concevoir la création de l’homme par Dieu sans cette liberté qui règle les relations du créateur avec l’être créé. Ce n’est pas une liberté conditionnée ; elle est parfaitement acquise et laissée à notre bon vouloir. De même que ces enfants ont la faculté de dire « oui » ou « non » à leur père, de même l’homme n’hésite pas à se positionner par son « non serviam » (je ne te servirai pas) ou par son « ecce ancilla Domini » (je suis la servante du Seigneur) !

Tout le problème est dans le contenu sincère de notre « non » ou de notre « oui » ! Tout se joue dans notre conscience c’est-à-dire dans la conviction de ce qui est moralement, humainement et chrétiennement acceptable ! La conscience est cette voix intérieure qui nous guide vers un jugement lucide. Et si cette conscience était la voix de Dieu qui frappe continuellement à la porte de notre cœur après un « non serviam » ? Pour Dieu, le tout n’est pas de lui dire inconsciemment un « non », mais de n’avoir pas pris suffisamment de recul pour reprendre le bon chemin : mesurer que notre « oui » correspond à une conviction solide et non éphémère !

Le « non » du premier fils blesse l’amour du Père et le « oui » du second trahit cet amour. La conversion serait la tangente entre la trahison et la blessure ! Faudrait-il que nous soyons capables d’un mouvement de retournement, un mouvement qui nous décentralise de nous-mêmes afin de reconsidérer notre attitude, notre réponse et notre démarche…

Jésus se montre toujours bienveillant et miséricordieux envers le repenti, le converti, celui qui se sait perdu qui cherche à retrouver le bon chemin…

L’évangile regorge d’exemples d’hommes et de femmes qui se rappellent, du fond de leur misère, que Dieu est « tendresse et pitié…, que son amour est de toujours » (Ps 24 de ce dimanche)

Au regard de nos hésitations, de nos « oui » édulcorés, de nos « non » sans consistance », faisons notre voyage intérieur et laissons-nous envahir par ce Dieu « qui donne la preuve suprême de son amour lorsqu’il patiente et prend pitié » (Prière d’ouverture)

Dieudonné MASSOMA