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« Intention de messe…, honoraire de messe…, offrande de messe…, » :Son origine!

Pour une juste et meilleure compréhension de la pratique des « honoraires de messe », il m’a paru important de rappeler ce que fit Judas Maccabée : « Il organisa une collecte et envoya deux mille pièces d’argent à Jérusalem afin d’offrir un sacrifice pour le péché [des hommes tués au combat]. C’était un geste tout à fait noble et beau, inspiré par la pensée de la résurrection. Car, s’il n’avait pas espéré que ceux qui étaient tombés ressusciteraient, la prière pour les morts était superflue et absurde. Mais il jugeait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui meurent dans la foi : c’était là une pensée religieuse et sainte. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice d’expiation, afin que les morts soient délivrés de leurs péchés. » (2 Maccabée 12,43-47)

Ce geste de Judas « faire une collecte pour envoyer à Jérusalem » est porteur de sens. Ce geste qui honore la mémoire de ses compagnons d’arme tombés dans le champ de bataille pourrait nous éviter « les contre-sens » voire « les contre-témoignages » en ce qui concerne la pratique actuelle de l’Eglise de « l’offrande de messe ». La démarche de Judas traduit un acte de profonde inspiration : « prière pour…, faire une offrande en faveur de… ».

S’inspirant de ce geste prophétique, l’Eglise invite fortement les fidèles, à cette pratique de foi et de mémoire collective. Elle s’appuie sur cette tradition pour souligner le sens qui sous-tend cette pratique spirituelle. A l’origine, ce geste de Judas est à la fois culturel et cultuel, anthropologique et mystique : il communie à la vie de ceux qui sont morts pour la patrie dans la prière et par la prière. Il fait une « chaîne de prière nationale » par une collecte, un don…

Seulement, derrière « l’offrande de messe », l’Eglise rappelle :

– La grâce de Dieu est don gracieusement offert. On n’achète pas la grâce de Dieu, on ne la vend pas non plus. Dieu se donne gratuitement à nous par pur amour. A nous de répondre par un geste de foi à ce don gratuit par une semblable gratuité de vie. Ainsi « mon offrande de messe » est ma disposition, ma réponse à ce don inestimable que j’implore pour moi-même ou pour autrui.

Rappelons que, la relation de l’homme avec la divinité intègre une dimension anthropologique : l’offrande de l’homme donnée « au dieu » a toujours eu, dans toutes les cultures, le sens « d’une implication personnelle de l’homme », ou « d’une reconnaissance » de ce qui nous a été donné, ou de ce qu’on attend « des dieux ». Dans ce sens, l’offrande de la messe n’est-elle pas un geste profond de l’effort » de l’homme  à la surabondance des grâces de Dieu ?

– La communauté ecclésiale se veut « un mystère de communion » qui s’exprime et s’édifie autour des actes de partage et de charité : cette charité-communion ne se préoccupe pas seulement de ceux qui sont matériellement dans le besoin, mais de ceux qui seraient spirituellement handicapés, de ceux qui ne peuvent plus implorer, par eux-mêmes, la miséricorde de Dieu ou tout simplement lui rendre grâce pour ses bienfaits.

De nos jours, les fidèles sont encore assez attachés à l’offrande de messe pour les défunts, pour les âmes du purgatoire… En ce mois de novembre, on peut encore rendre plus vivante la mémoire de nos proches défunts dans et par la prière de l’Eglise (et donc de la communauté) !

A cette prière « commémorative », n’oublions pas les offrandes de messe pour rendre grâce ! Car, la prière d’action de grâce rythme notre vie chrétienne, l’irrigue de l’intérieur et la consolide par « les intercessions » de la communauté… Les occasions de rendre grâces nous manquent-elles ? La joie du don reçu nous fait-elle oublier les largesses du Donateur ?  Rappelons-nous l’interrogation poignante de Jésus : « Et les neufs autres où sont-ils ? On ne les a pas vus venir rendre grâce » (Luc 17,17) !

Certes, « nos chants n’ajoutent rien à ce que Tu es…, (mais ne l’oublions pas), ils nous rapprochent de Toi… » (Préface Commune N° IV). Oui ! Notre « prière » ne fait pas que nous « rapprocher » de Dieu, elle nous unit à Lui. La messe ou célébration eucharistique est la « source et le sommet » de notre union à Dieu, source et sommet de l’évangélisation. Par l’offrande d’une messe, j’invite la communauté ecclésiale à se joindre à « mon effort spirituel », à « mon action de grâce…, » qui est aussi un don de sa grâce.

Dans une messe demandée, je manifeste et je professe « la communion des Saints », cette union mystique qui lie « mystiquement » ceux qui invoquent le nom du Seigneur : « Là où deux ou trois sont réunis à mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20)

A travers la fête de tous les Saints et la commémoration des fidèles défunts, nous avons professé la foi en la Communion des Saints et en la Vie Eternelle. Par mon offrande de messe, je réactualise cette foi, je la mets en exergue et je la rends effective.

Père Dieudonné MASSOMA