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« Intention de messe…, honoraire de messe…, offrande de messe…, » : Ma prière silencieuse !

Les expressions varient d’une époque à une autre, d’un diocèse à un autre. Ces expressions voudraient rendre compte ou expliciter une réalité elle-même complexe. Je voudrais parler de la messe ! Vouloir faire comprendre la messe aux fidèles qui, pour la plupart, totalisent un nombre incalculable de participation à la messe n’est-il pas une audace de ma part ? Or notre participation régulière à la messe peut avoir un risque : une participation mécanique. La messe est une cathédrale gothique avec une architecture majestueuse ornée de fresques et des tableaux assez complexes. La contemplation des œuvres des grands maitres exige une clé de lecture. Dans un tel univers, on ne se lasse de contempler : on passe, on repasse un détail qui nous délecte.

La messe est le chef-d’œuvre de Dieu actualisé par les hommes et pour les hommes de tous temps et de toutes les époques. Elle est le lieu de contemplation de sa beauté inépuisable. A ce titre, la messe est un mystère. Ce terme ne signifie pas « vérité cachée », ni ce qui est incompréhensible. En réalité, mystère « mustérion, en grec » est une vérité qui est là, mais que notre raison ne peut appréhender autrement que par une représentation, un signe conventionnel. La messe est le sacrifice du Christ accompli, une fois au Golgotha, et actualisé sur l’autel.

Ainsi, selon les dispositions de la Sagesse divine, le sacrifice de notre Rédempteur est montré de façon admirable par des Signes extérieurs et visibles qui renvoient à sa mort. En effet, « la présentation en mémorial de sa mort qui s’est produite au Calvaire est renouvelée dans différents sacrifices de l’autel lorsque, par les signes visibles, le Christ Jésus est signifié et montré à l’état de victime » ! La messe (ou la célébration eucharistique) est le sacrifice du Christ, don gratuit de Dieu qui se donne à l’humanité. Comment comprendre « la gratuité de ce don incommensurable » et la pratique de l’Eglise qu’on appelle communément « honoraire de messe ou intention de messe… » ? Quel sens donner à cette pratique ?

A la veille du mois de novembre, mois de commémoration des fidèles défunts, de nos proches et connaissances qui nous ont précédés, j’aimerai nous proposer une petite catéchèse sur le sens de « l’offrande de la messe ».

Il faut d’abord se rappeler que l’Eglise puise cette vieille pratique dans le deuxième livre des Maccabées : « Judas fit une collecte d’environ deux milles drachmes, et l’envoya à Jérusalem afin qu’on offrît un sacrifice pour les péchés… » (2M 12,38-45)

Ce texte résume, à la fois, l’objet, l’intention et le but visé de cette collecte (de cette offrande pour le sacrifice) :

L’objet : l’offrande collectée est une participation de la communauté à « l’effort des soldats » morts pour la patrie, mais dont les actes de « dernières minutes » ne semblent plus correspondre à l’idéal recherché et donc à la volonté de Dieu ! Ce que je qualifie d’actes de « dernières minutes » correspondrait à tout ce qui pourrait être contraire à l’intention première.

L’intention de Judas est de prier et de faire prier…, à « l’intention » de ceux qui sont tombés sur le champ de bataille pour une cause qu’il estimait juste. L’offrande collectée est, à la fois, une reconnaissance des œuvres accomplies, mais surtout, pour que leur vie trouve grâce devant Dieu, «  lent à la colère et plein d’amour ». Et ce, malgré le péché, acte de « dernières minutes ! Ce geste est l’explicitation du sens premier du mot « intercession » qui renvoie d’abord à une prière de médiation (ou par médiation) : intercéder, c’est intervenir en faveur de quelqu’un qui n’en peut plus, soutenir l’effort de celui qui ne peut plus rien, ou tout simplement se joindre à son action de grâce ( si tout se passe bien pour lui) …

Le but visé est l’entrée de ces « soldats morts pour la patrie » dans la gloire de Dieu, Patrie céleste où Dieu accueille les vaillants soldats de l’espérance et de la foi !

L’Eglise s’est toujours appuyée sur « cette conviction de foi » de Judas pour fonder l’espérance en la résurrection des morts . La prière de la Communauté est force et soutien inébranlable de ceux qui ont combattu du bon combat de la vie et de la foi…

« Que notre prière devant Toi s’élève comme un encens

Et nos mains comme l’offrande du soir » (Psaume 140,2)

En chacun se tient une pente fragile, là où nous pouvons pencher vers le mal. Comment reconnaître ces circonstances de la vie où monter la garde demande plus de veille, d’attention, surtout quand on est « réduit au silence » ?

Le priant répond : ce n’est pas possible seul. Pas sans en appeler à mon Dieu qui écoute mon appel quand je fais monter vers lui ma supplication. (à suivre)

Père Dieudonné MASSOMA,