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Les deux derniers dimanches, j’ai insisté sur la mission et la place du Curé en rapport avec la communauté paroissiale, une communauté dont les membres sont distincts, spécifiques avec un défi humain et évangélique de tendre vers l’unité et la communion…

Poursuivant la même réflexion ce dimanche, je m’arrêterai sur le rôle social du Curé en particulier et du prêtre en général : « prêtre, citoyen au milieu de vous… ».

        « Prêtre, citoyen au milieu de vous… ». C’est la « kénose », c’est le dépouillement des prérogatives divines du Christ pour épouser l’humanité : Dieu qui vit la condition des hommes ! Ce Dieu ne pouvait pas nous sauver s’il n’avait pris chair de notre chair. L’Apôtre Paul dira : « tout en tous » (1 Cor 15,28) : Dieu s’est fait l’un de nous !

De nos jours, les exigences de la nouvelle évangélisation excluent le curé enfermé dans la cure ; elles suggèrent un curé « in … (dans) », un curé « cum…, (avec) » ! Cette proximité n’est pas une fusion, mais un moyen de comprendre pour mieux se faire comprendre. De plus la lettre aux Hébreux dit : « le prêtre est pris parmi les hommes » (Hb 5,1). C’est un lien social, humain et culturel avec ses frères et sœurs en humanité dans son rôle d’offrir les sacrifices en leur nom, d’intercéder en leur faveur, de comprendre ce qu’il est lui-même…

Ce lien social est un enracinement qui puise sa substance dans mon être-chrétien qui se déploie dans le monde. Un monde qui connait des zones de turbulence avec une coexistence qui ne va pas sans heurt. Pour les fidèles que nous sommes, la question se poserait autrement : comment vivre concrètement en chrétien dans un monde qui, de plus en plus, ne l’est plus ? Comment accorder les violons avec ceux qui optent pour un autre son de cloche ?

De la dette de l’amour dimanche dernier où St Paul renforçait notre lien social, notre enracinement dans un monde qui tente, par des voies de contournement de nous éjecter, ou de nous ignorer, il nous exhortait de vivre simplement pour le Christ en écoutant l’autre, ce qu’il attend de nous et ce qu’il espère sans nous diluer. Cela revient à nous situer sur deux volets parfaitement équilibrés :

Ne jamais fuir les responsabilités sociales, ni les obligations civiles ou la loi sous prétexte qu’on est chrétien ; la morale chrétienne n’étant pas refus de la « loi », ni de la « justice » … Dans le cadre de la recherche du « bien », de la « bonne cohésion sociale », l’autorité civile est au service de la « loi naturelle » voulue par Dieu et inscrite intuitivement au cœur de l’homme…

Mais suffit-il d’être un bon citoyen, parfaitement accordé aux lois de la cité pour être un bon chrétien ? Pour St Paul, être en règle avec la loi civile serait déjà un pas dans la recherche du bien social, mais ce n’est pas assez, on n’est pas allé jusqu’au seuil de la « charité ». C’est le sens de cette question poignante : « je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’as supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton frère ?

Le terme « dette » ici, ne renvoie pas seulement à ce qu’on doit, mais aussi à ce qu’on n’a pas fait, à ce qu’on a omis de faire pour des raisons de bonne conscience ou du refus de « qu’en dira-t-on ». Notre dette, c’est l’indulgence, ne pas vivre pour soi-même.

Dans cette logique, notre vocation serait de rejoindre, dans l’urgence, les différents lieux de témoignage qui s’offrent à nous, de sortir de nos ornières pour rejoindre ceux qui sont au parvis de l’Eglise. Le Pape François parle d’une « Eglise-en-sortie » par opposition à une église enfermée dans la sacristie. L’office du Curé, je veux dire du prêtre, n’est pas solitaire mais solidaire. Il épouse l’histoire de sa terre de mission. Avec le Père Luc Edgar, de nationalité Burkinabé, nous essayerons de travailler dans cette vigne du Seigneur qui nous a été confiés. Les conseils du Diacre Boris nous seront d’un grand secours, nous serons toujours à l’écoute des fidèles qui exercent une activité directe ou indirecte dans la paroisse : « Sans vous…, notre construction est en vain ; « pour vous…, » notre ministère est un édifice en construction ; « avec vous…, » « tout l’édifice s’élève harmonieusement pour devenir un temple saint »

Nos rencontres de prise de contact m’ont aidé à scruter l’horizon avec plus d’espérance. La Messe de rentrée du 08 octobre  est un moment de communion, tout comme la messe d’installation du 29 octobre.

Père Dieudonné MASSOMA,