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…(suite du 02/09)

Comme annoncé, je poursuis notre méditation sur les paroles lumineuses de St Augustin qui nous servent de boussole et de devise. Cette semaine, je vais axer mon propos sur : « Prêtre pour vous et chrétien au milieu de vous… »

« Prêtre pour vous…, » c’est une mission « pro populo » pour le peuple. Toute la mission du prêtre est d’offrir au peuple et pour le peuple « les trésors de la grâce de Dieu » par l’annonce de la Parole de Dieu, l’administration des sacrements… Même quand le prêtre dit « l’office » dans un coin tout seul, il dit la prière de l’Eglise, la prière pour l’Eglise et la prière avec l’Eglise. Ainsi, plus qu’une fonction hiérarchique la charge du Curé se comprend dans « le soin des âmes » qui signifie « être pour… »! Sa gestion du temporel comme celle du spirituel converge vers ce but ultime ! Et la sanctification du prêtre est intimement liée à l’exercice de ce ministère « pour… » ! Les Paroles de l’Apôtre Paul de ce dimanche ont une résonnance particulière dans la vie et le ministère du prêtre : « aucun d’entre vous ne vit pour soi-même ». Notre dette se conjugue donc avec un devoir « d’amour mutuel ».

« Chrétien, avec vous… » Avant d’être prêtre, je suis d’abord chrétien, et avant d’être « Curé », je suis d’abord prêtre. Cette formulation ne diminue pas ma charge ni ma mission mais lui donne une dimension nouvelle : celle de la base…, celle du fondement…, celle du nécessaire qui est la vie chrétienne. La lettre aux hébreux nous dit que « tout prêtre est pris parmi les hommes ». Ce qui sous-entend que le prêtre est, à la fois, confesseur et « pénitent », le prêtre est le « baptiseur » et un baptisé… Alors, « chrétien avec vous » renvoie à une cohérence de vie avec cette identité première : le chrétien ! La vie du « prêtre-chrétien » ou du « chrétien-prêtre » est déjà un témoignage éloquent et édifiant : « à cela, ils sauront que vous êtes mes disciples ». S’il fallait choisir, j’aurais aimé vivre intensément en chrétien pour mieux être l’écho sonore de la volonté de Dieu au milieu de vous. C’est pour cette raison que le sacerdoce baptismal que nous partageons avec vous est une colonne charnière de l’édifice, du « Domus », c’est-à-dire de « la Maison… », « la Demeure de Dieu » !

Cette Demeure se construit autour d’une pierre d’achoppement, mais combien indispensable pour sa solidité : Le Pardon. Ah… ! Qui n’a jamais été confronté à cette pierre d’achoppement ? Nos relations humaines viennent échouer sur ses versants à la manière des vagues sur une berge bétonnée et solidifiée. Du Pardon, on veut bien en recevoir que d’en demander… Et c’est ce qui ressort de la parabole de ce dimanche. Dieu scrute nos cœurs enclins au pardon des autres et dévoile nos cœurs fermés quand il s’agit d’offrir le même pardon. Dieu nous a ouvert un crédit illimité, alors que nous, nous fermons les lignes de crédits qui se posent et s’offrent dans notre vie de tous les jours. A quoi nous

 

conduirait le cycle infernal de vengeance, d’un monde fermé au pardon ? La question ne se pose pas « au prêtre », mais au chrétien que je suis, à la personne que je suis… Plus qu’une vertu chrétienne, le Pardon est aussi une valeur humaine, un garde-fou d’une vie éthique immuable, un socle sur lequel vient s’incruster notre vie de chrétien.

La colonne du « Pardon » dans notre édifice est difficile à cerner, mais non impossible ! Parfois, elle se dresse comme un mât glissant au milieu du navire qui soutient la voile. Nous connaissons la difficile épreuve des matelots contraints à grimper jusqu’au sommet du mât pour tendre la voile et permettre ainsi la propulsion du navire par la force du vent. Le Pardon comporte les écueils, mais la joie du pardon donné ou reçu est incomparable. Derrière cette parabole, le prisme du « Notre Père » laisse jaillir sa lumière sous notre ciel ombrageux : « ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même  j’ai eu pitié de toi ? »

Père Dieudonné MASSOMA,