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« La Vigne du Seigneur, c’est la maison d’Israël »

Dans le pourtour du bassin méditerranéen, la vigne est précieuse. Tout le monde sait que sa culture requiert patience et attention pour une bonne récolte.

Plus qu’une culture, la vigne est la vie de son propriétaire et du peuple qui bénéficie de ses fruits. Du propriétaire aux vignerons, la sollicitude est comparable à celle que les jeunes mariés se donnent et se promettent pour la vie. A l’image du propriétaire de la vigne, on invitait les jeunes mariés à se prodiguer les mêmes soins, les mêmes attentions, la même patience…

Le chant du Prophète Isaïe est une belle illustration qui renvoie à l’image des Noces de Dieu avec son Peuple. D’une chansonnette, probablement de vendange, Isaïe en a fait une parabole pour ses auditeurs qui comprennent parfaitement ce langage. Vivant dans un plateau parsemé de vignes, nous sommes des auditeurs prédisposés à cette métaphore qui sonne comme un cri du cœur, un cri identitaire…

Hier, le prophète a identifié sans hésiter le peuple d’Israël à la vigne : « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda ». La vigne du Seigneur, c’est nous, population du Plateau de l’Issole ! Il nous appartient de prendre soins de cette vigne : nous sommes donc, à la fois, propriétaires, vignerons et héritiers !

Au début de cette année pastorale, ce message identitaire est un défi, une responsabilité et une mission.

Pendant que le défi est la mise à l’épreuve de nos capacités, de nos compétences dans un domaine bien particulier, la responsabilité requiert notre volonté et notre engagement pour la mission, pour la tâche que nous devons accomplir, celle de rendre la vigne plantureuse !

Ce défi de l’identité humaine et chrétienne se joue dans cette interpellation du prophète au cœur d’une vigne qui est chérie sans le savoir. Cette identification est parfois ambivalente et exige un travail savamment équilibré : Comment être Vigne et vignerons ? Comment comprendre la mission du vigneron et l’attachement viscéral du propriétaire qui en espère du bon fruit ? Qui est finalement hériter de cette vigne riche et fertile ?

Des questions qui trouveront certainement réponse au cours de cette année pastorale où, en tant que chrétiens et croyants, nous sommes appelés à exercer notre responsabilité de propriétaire de la vigne et notre mission de vignerons. Notre compassion pastorale et notre attention seront soumises à une rude épreuve où la coresponsabilité devient un outil indispensable pour la croissance harmonieuse de la vigne avec au bout des fruits de qualité pour les amoureux du bon vin.

En empruntant la métaphore de la vigne, Jésus lui confère un symbole fort, celui de toute l’histoire du salut où se joue aussi une responsabilité humaine en face d’un appel gracieux de Dieu.

L’appel et l’envoi des vignerons est une marque de sollicitude, de confiance… N’oublions pas l’attachement du propriétaire : il élague, immonde sa vigne avec un soin particulier ! Le propriétaire veut à tout prix sauver sa vigne. Il veut certainement que les fruits de sa vigne correspondent à son investissement, à sa patience, et à son attachement. Il est prêt à en payer le prix, fût-ce d’exposer son unique fils, héritier de la vigne, à la sentence dramatique des vignerons. Le propriétaire de la Vigne se heurte à une défiance ouverte et cruelle. L’envoi répétitif des serviteurs jusqu’à son Fils dénote encore, une fois de plus, son amour pour cette Vigne. Une vigne qu’il veut troquer contre son Fils !

On pourrait penser à un propriétaire téméraire et imprudent ! Mais avons-nous imaginé que l’amour est inventif ? Comme ce propriétaire, Dieu espère changer nos cœurs versés dans la défiance : il patiente ! « ils respecteront mon Fils » ! Voilà la patience de Dieu aux prises avec la liberté humaine, une liberté du rejet de la confiance, du refus de l’amour donné gracieusement… N’est-ce pas la situation la plus cruelle qui soit ? Nul doute que c’est l’expérience douloureuse d’un père dont les enfants refusent l’amour, usant ainsi leur liberté !

Croyants et incroyants, pratiquants et non pratiquants (ou pratiquants occasionnels), chrétiens ou simples citoyens, la Vigne située dans ce plateau au cœur de la Provence Verte est désormais notre maison commune où se joue notre destin commun, à la fois, humain et chrétien. Cultivons-la avec la même dévotion, le même amour que celui du propriétaire. Ainsi nous bénéficierons ensemble de ses beaux raisins qui réjouissent nos cœurs !

Père Dieudonné MASSOMA,