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EPI – Echo des Paroisses de l’Issole – 01/06/2020

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EDITO :  IIIème Partie : De la vertu humaine à la foi

« Reste avec nous Seigneur, car le soir approche et déjà le jour baisse » (Luc 24,22) IIIème partie : De la vertu humaine à la foi

Le chemin d’Emmaüs est une véritable école de la traversée, du passage des atrocités du Vendredi Saint vers la Lumière éblouissante du Dimanche de Pâques. Pour ces deux hommes, ce passage n’est pas brusque, ni spontané…, mais il se déroule au gré d’une démarche perplexe et de recul imposé par la tragédie de la crucifixion de leur Maître. Les blessures psychologiques laissées par ce drame mettent un peu de temps à disparaitre de leur mémoire et à cicatriser. Les simples paroles du Nouveau Compagnon de route ne suffisent plus à ouvrir leur cœur sclérosé par les ténèbres de la Passion. Devant l’inefficacité des paroles, Jésus emploie la pédagogie des signes qui a réveillé une vertu humaine encore enfouie au fond de leur cœur.

L’écriture nous dit : « Jésus fit semblant de partir… ». La réaction spontanée d’inviter cet Inconnu à leur table ne relève pas d’abord du domaine de la foi, mais de cette attitude humaine qu’on appelle l’hospitalité… Don de Dieu, la foi se déploie à travers et au travers des valeurs humaines. Elle se greffe sur les dimensions intérieures de l’homme pour les stimuler et les transformer en vertus.

Ainsi, « reste avec nous Seigneur, car le soir approche et déjà le jour baisse » exprime d’abord cette attitude d’hospitalité humaine offerte par les disciples à leur compagnon de route. L’hospitalité de ces deux hommes prend la figure d’une qualité humaine, d’une valeur morale basique qui dispose à recevoir chez soi l’étranger qui se présente. La Bible relève, dans de nombreux passages, la dynamique de cette vertu d’ouverture et d’accueil. Abraham est devenu ainsi le paradigme de l’hospitalité biblique (…)

En invitant l’Inconnu à leur table, ces deux hommes sortent de leur réserve et de leur fermeture. L’hospitalité ouvre alors la porte à une aventure ambiguë pour nos braves hommes. Ils prennent un risque en accueillant cet Inconnu qui se révèlera plus tard à la Fraction du Pain, signe manifeste de la reconnaissance du Ressuscité : leurs yeux jadis fermés s’ouvrent…, leurs cœurs engloutis par et dans les ténèbres de la peur se dilatent…, la Lumière de la résurrection jaillit et chasse la nuit de la peur (…)

Pour nos contemporains, la prise de risque sera un défi permanent, surtout lorsqu’il s’agit de l’accueil de Jésus, comme hôte de leurs vies menacées. Comment accueillir si on ne L’a pas invité ? Comment L’inviter si on ne veut pas prendre le risque ? Et comment ne pas risquer si on veut Le redécouvrir ?

Par expérience, nous savons que l’accueil d’un inconnu recèle un danger et une menace. Mais l’hospitalité ouvre aussi de nouvelles aventures, à une redécouverte qui ne paraissait pas évidente au départ. Pour nous, Dieu est un pari à risquer qui ne déçoit pas ! Oserons-nous prendre le risque de l’inviter en ce moment comme autrefois les disciples d’Emmaüs ?

La Fraction du Pain est pour les deux hommes un signe de révélation, un symbole fort qui les projette au fond de leur mémoire… C’est le Signe du Jeudi Saint, figure de La Pâque Ancienne et annonce de la Pâques Nouvelle. L’hospitalité a ouvert le cœur de ces de disciples et mis leurs pieds en marche pour l’annonce de ce qu’ils ont entendu et vu sur le chemin. Le Covid-19 est le signe fort qui ouvrira les portes d’un monde qui ne sera plus comme avant. Ce monde fera route avec Dieu ou ne le fera pas.

Pour les fidèles, la vie communautaire unie autour de la Fraction du Pain, l’eucharistie (la messe) est un motif de grande joie et d’espérance.

Seigneur, hôte de nos vies errantes, vient nous faire redécouvrir ta présence au milieu de nos vies tétanisées par la peur. Que ton Eglise soit toujours le lieu de la Fraction du Pain même avec la peur générée par la pandémie du Covid-19. Avec la force de Ton Esprit-Saint, donne-nous la joie de Te redécouvrir dans l’Assemblée réunie dans la prière, l’écoute de ta Parole et la Fraction du Pain.

P. Dieudonné MASSOMA

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