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EPI – Echo des Paroisses de l’Issole – 01/07/2020

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EDITO : « Vous êtes du monde sans être du monde » (Jean 17, 14)

Le défi de l’identité chrétienne se joue dans cette consigne du Christ au soir de sa vie terrestre. Cette consigne est ambivalente et exige un dosage savamment entretenu pour sa mise en pratique. Comment être de ce monde et vivre en deçà du monde ?  Comment comprendre notre attachement à ce monde et notre détachement de ce monde ?

Ces derniers mois, le monde traverse une année particulièrement éprouvante. Jusque-là, nous n’avons pas encore pu cerner l’impact réel de la pandémie du Covid-19 qui continue sa course meurtrière dans notre monde. Une telle épreuve interpelle spécifiquement les fidèles du Christ : vivre avec cette épreuve comme un test de notre résilience par rapport à notre vocation. Comme chrétiens et croyants, nous avons été appelés à vivre notre vocation au cœur du monde, avec ses joies et ses incertitudes, ses bonheurs et ses contradictions…

Dans la Bible, le mot « monde » a parfois une connotation péjorative dans la mesure où il épouse le sens du « monde terrestre », un ordre clos sur lui-même qui s’oppose, le plus souvent, « au monde céleste », ouvert au divin. Pourtant, le monde cosmique ne constitue qu’un matériau mis au service de l’affirmation de la transcendance. Comme tel, le terme « monde » contient tous les éléments du salut. Ce monde-là est en marche vers son accomplissement, son achèvement et sa plénitude. Pendant que Dieu est le terme de son accomplissement, l’homme est l’agent et l’instrument de la « perfectibilité du monde ».

L’impression de l’’incertitude ressentie dans notre « monde » n’est pas dans l’incrustation d’une épreuve, fût-elle, celle du Covid-19, mais dans son mouvement inexorable vers son accomplissement. Pour les Chrétiens, ce monde créé par Dieu est « évolutif », il est en marche… Notre foi nous rassure que, malgré les catastrophes inévitables du parcours, Dieu tient ce monde, il est présent et il veille !

Notre vocation de chrétien est d’être présent dans ce parcours évolutif de notre monde, de participer à l’animation de l’espérance qui fait parfois défaut aux hommes et femmes de notre temps. Configurés au Christ par notre baptême, nous sommes placés dans le monde comme « acteur », mais aussi comme « transformateur » de notre monde. « Être du monde sans être du monde » n’est pas une fuite de ce monde, mais un positionnement par rapport à un certain monde phagocyté par les nouvelles idéologies qui cherchent à détourner notre monde de son centre et de son origine : Dieu !

Dieu a trouvé bon de créer le monde. La création est bonne et elle est aimée de Dieu. Il n’est donc pas question de mépriser ce monde créé. Nous devons l’aimer, en prendre soin et l’amener à porter ses fruits (Genèse 1-2, 4). Nous devons devenir lumière de ce monde (Matthieu 5, 14).

Mais il y a une mauvaise manière d’être et de nous comporter dans ce monde. Il serait urgent de corriger ce comportement ou de l’abandonner : les êtres et les choses de ce monde deviennent pour nous des absolus et des idoles que nous convoitons et que nous voulons asservir à notre usage sans autre considération. Ainsi, nous devenons les asservis du monde pour ne plus être ses éclaireurs, « son sel et sa lumière » ! Notre vocation de Chrétien est de participer activement à façonner ce monde pour éviter que ce monde ne se façonne sans notre empreinte.

Notre liberté et notre détachement seront la conséquence d’un plus grand attachement. Notre engagement citoyen et chrétien se transformera en sel qui donne saveur à notre monde, en lumière qui l’éclaire de l’intérieur. Car il faut aimer beaucoup ce monde, s’y investir pour être énormément libre et détaché de ce monde.

Comme prêtre, j’ai eu des attaches humaines pour cette communauté de paroisses… Mais pour être cohérent avec moi-même et mes convictions, je dois accepter de me dessaisir de ces attaches humaines et légitimes, accepter d’être tout simplement un instrument au service de l’Eglise. C’est toujours un déchirement, un arrachement de partir et de rompre brusquement les affinités nouées…, Mais je crois que ce départ n’est pas une rupture, ni une démission de ce qui a été modestement fait ou entrepris…, j’espère une reprise renouvelée pour cette communauté dynamique, unie autour du Christ et de son Evangile. Cette communion inter-paroissiale est une force, elle est l’évangile ouvert, un programme pastoral à consolider et à construire.

Le Père Simon Blaise et le curé, Gilles, continueront à attiser la flamme de la foi qui anime votre communauté paroissiale. Quant à l’abbé Jacques Blaise et moi-même, nous espérons, avec vos prières, porter cette même « flamme olympique de la victoire du Christ ressuscité » ailleurs ! Aurions-nous fait plus et mieux avec le temps ? Je n’en sais rien ! J’implore de tout cœur votre indulgence sur ce que j’aurais dû faire et que je n’ai pas fait, que j’ai fait à contre temps ou en blessant l’un ou l’autre.

« Vous êtes du monde sans être du monde » (Jean 17, 14-18)

Un été pas comme les autres frappe à la porte. A nous de gérer cette période estivale, tant attendue, dans la vigilance et les réjouissances légitimes que nous offrent ce monde créé par Dieu : de son soleil radieux, des vagues rafraichissantes de la mer, des découvertes et des rencontres insoupçonnées…, Là aussi, nous sommes appelés à marquer l’empreinte de la joie, une joie d’action de grâce de vivre dans un monde pacifié où nous sommes les semeurs avisés et des instruments efficaces ! Sur la route de nos vacances, n’oublions pas de porter avec nous la graine du royaume de Dieu, de la planter quand il le faudra et laisser la croissance à Dieu qui sonde les cœurs !

Avec notre Dame d’Inspiration qui ouvre notre année pastorale, je confie notre communauté paroissiale à sa prière maternelle.

Restons unis dans la prière et la communion des cœurs !

P. Dieudonné MASSOMA

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