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EPI – Echo des Paroisses de l’Issole – 01/12/2019

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EDITO :« Et Incarnatus est… » : Il a pris chair…

Vous reconnaissez certainement le titre de la « Great Mass » – La Grande Messe – de  Wolfgang Amadeus Mozart écrite en 1782 et considérée comme l’une de ses œuvres majeures. Au-delà de l’aspect musical, l’expression « Et incarnatus est… »  est le titre unique de l’ordinaire de la messe composé par ce génie de la musique et du chant liturgique. Etait-ce une manière pour Mozart de focaliser le cœur de la liturgie et de sa source autour de cet article du credo qui professe le mystère de l’incarnation ? : « Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine et home factus est » (Par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme).

A la messe chantée, la fin de cet article « et homo factus est » (et le Verbe s’est fait chair) est suivie d’une génuflexion pour marquer notre révérence et notre adoration devant le mystère de Dieu fait homme, comme autrefois, les Mages et les Bergers devant la Crèche où Dieu s’est fait petit-enfant.

Dans ce berceau, « incarnatus est… » évoque l’idée d’un emprunt : prendre à autrui ce qu’on n’a pas… Pour faire venir son Fils, Jésus dans notre monde, Dieu a eu besoin d’opérer un emprunt. La précarité et la vulnérabilité de Dieu se révèlent déjà dans le sein de la Vierge Marie avant de s’exposer à la mangeoire. La toute-puissance de Dieu se montre vulnérable dans le mystère de l’incarnation. Dieu prend ailleurs pour faire sien ce qu’Il n’avait pas pour mieux s’identifier aux hommes.  Mais qu’est-ce que Dieu n’avait pas ? Dieu n’a pas le « caro, carnis » chair, corps… « Et le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous » (Jn 1,14).

Le Créateur cherche-t-il un recours auprès de sa Créature ? Le Tout-puissant est-il dépourvu ? Le Plus-fort va-t-il mendier le secours du Plus-faible ? Ces interrogations appellent à un renversement radical de la raison et interpellent profondément notre foi quand elle n’est pas éclairée par l’Esprit-Saint.

La Vierge Marie a été « enrôlée » par la force de cet Esprit de Dieu pour accepter ce qu’elle ne comprenait pas : donner à Jésus sa chair, devenir le tabernacle du Verbe de Dieu. De nos jours, si beaucoup d’hommes et de femmes croient en l’existence de Dieu, ils sont moins nombreux à croire que Dieu ait pu se faire homme et soit venu partager la vie du monde, participer à l’aventure humaine et ce jusqu’à devenir un enfant. Ils sont moins nombreux à partager la foi en Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme, la foi dans le Verbe incarné. « Incarnatus est… » est pourtant au cœur de la foi chrétienne. C’est cette foi en un Dieu, qui se fait homme qui nous différencie si fortement de nos frères juifs et musulmans.

Cette foi chantée et professée durant cette période de Noël : « Dieu parmi les hommes, Dieu sur nos chemins, Dieu sur le pas des hommes… », n’est-elle pas mise à mal dans le vécu des chrétiens en particulier et des hommes de notre temps en général ? La frénésie de la société de consommation renverse les valeurs : ce qui était Evénement est de venu évènementiel, ce qui était Essentiel devient occasionnel… Comment parler de Dieu fait homme dans une société happée par le tintamarre assourdissant du consumérisme ? Quand elle ne nie pas le mystère de l’incarnation, elle le transforme en un fait dérisoire, un prétexte à nos réjouissances, à nos plaisirs… Certains de nos contemporains fêtent Noël qu’ils se sont fabriqués, et non Noël d’un Dieu qui entre dans le monde des hommes, dans leur histoire : « il est venu chez les siens » (Jn 1,11)

Noël est une procession, une rencontre… En s’incarnant, L’Enfant-Jésus ne rapproche pas seulement deux mondes jadis séparés par le péché d’Adam, mais il inaugure un échange mutuel. Sa venue provoque un admirable échange entre ce qui est divin et ce qui est humain : le ciel s’unit à la terre. Désormais, de la terre germe la justice. De même, le Fils éternel a “pris” notre corps pour le transformer. Ici se révèle alors le témoignage le plus éloquent de la grandeur du corps humain. Et c’est à Noël que notre corps revêt cette gloire incomparable. Si Jésus a épousé ce corps, ce n’est certainement pas pour en révéler sa laideur ; c’est, au contraire, pour en magnifier la splendeur.

A Noël, notre corps humain s’ouvre à la vie véritable qui est don de Dieu. La joie de Noël est intimement liée à la vie de Dieu qui nous est acquise, au changement que notre nature humaine a opéré… Désormais, l’histoire du monde est bouleversée : la terre exulte et le ciel est ouvert…

Bonne fête de la Nativité à tous et à toutes !

 

P. Dieudonné MASSOMA

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