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EPI – Echo des Paroisses de l’Issole – 01/11/2019

EDITO :  « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs… »

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EDITO :  « Suis moi » (Mat. 8,22)

Voilà une invitation laconique qui s’adresse à un homme assez particulier : Matthieu, collecteur d’impôts ! Surnommé Lévi (Matt 9,9 et Luc 5,27), cet homme avait certainement de grands biens et peut-être aussi une morale douteuse selon l’opinion d’une branche de ses compatriotes. Avant cet appel, les évangiles ne nous parlent pas de sa proximité personnelle avec Jésus, ni même de son entourage : il ne nous est pas dit qu’il le connût, ni que Jésus lui eût parlé auparavant. La spontanéité de Matthieu laisse voir dans ces deux mots une puissance à laquelle seule la foi, une dynamique intérieure, pouvait répondre : « quittant tout, il se leva et le suivit » (Luc 5, 27).

L’appel est une surprise et la réponse prompte. Cette surprise, je la qualifierai de « surprise du chef ». Dans la restauration – on sait bien que notre pays, la France, a un doigté gastronomique de renom – il s’agit d’un plat dont la nature n’est pas explicitée dans la carte et qui suscite la curiosité du client. La surprise aiguise la curiosité et cette dernière met en action tous les sens de notre corps. Pour ce collecteur d’impôts, le « suis-moi » de Jésus est la surprise du chef. Matthieu répond-il à cet appel pour assouvir sa curiosité ? Peut-être ! Mais cette curiosité n’est pas une suspicion, ni un simple désir, mais une force d’attraction qui s’appelle la foi. Elle précède l’appel objectif, meut notre intérieur, bouleverse complètement les données de notre vie… Celui qui l’a appelé a acquis immédiatement une importance inégalable à ses yeux au point de tout laisser. Mais qu’en est-il du regard de son entourage, de ceux qui l’ont condamné sans jugement préalable ? L’appel de Dieu désoriente les attentes de notre monde, questionne notre liberté et ouvre une perspective nouvelle à notre vie : « il se leva et le suivit »

Plus qu’une vocation, le « suis-moi » de Jésus est un programme de vie, un cahier des charges…  Le destin de ce publicain se joue désormais aux côtés de Jésus qui reste encore un inconnu. Sa réponse prompte marque un saut dans un vide rempli d’avance par l’amour de ce Celui qui l’appelle. Être appelé, c’est se sentir déjà accueilli, valorisé en soi, soustrait d’un regard inquisiteur et du carcan de la vie matérielle… Ce regard hantait-il particulièrement la vie de ce collecteur d’impôt, paria pour les juifs orthodoxes et traître pour les populations soumises à l’impôt ? Ce qui est certain, c’est que l’appel de Jésus l’a réhabilité et son accueil l’a rassuré : « quittant tout, il le suivit » !

Il n’est pas exclu que chez certains, cet appel soit anéanti par des obstacles humains, ou personnels. L’avenir incertain et les compensations matérielles peuvent aussi limiter l’enthousiasme de la réponse.  Lévi n’est plus attaché ni à ce qu’il a, ni préoccupé par ce qu’il sera. Ce qui est primordial, c’est d’être au côté de Celui qui l’a appelé et l’a accueilli comme il est.

Pour Matthieu, le « suis-moi » de Jésus a été déterminant pour sa mission d’Apôtre et d’évangéliste. De la manière dont lui, le pécheur public, a été appelé et accueilli, déterminera la ligne de son Evangile. L’appelé est désormais celui qui appelle à suivre Jésus, l’accueilli est celui qui accueille au nom de Jésus. Tels seraient l’itinéraire et la mission du chrétien : Je suis appelé pour appeler, je suis accueilli pour accueillir…

Au terme du mois d’octobre consacré à la mission, je nous invite à prendre conscience de la gratuité de notre appel, à traduire cette gratuité par un accueil charitable, sans condition et sans ligne de filtrage. De nos jours, la plupart de ceux qui frappent à notre porte (à la porte de l’Eglise) ne comprennent pas toujours notre attitude parfois très normative quand elle n’est pas fade et indifférente. Ils sont offusqués de savoir que la seule réponse qu’on leur serve soit la règle, la norme qui les exclue avant même d’entrer. L’accueil, c’est la première porte de l’Eglise que nos contemporains ouvrent, la première annonce de l’évangile qu’ils écoutent, le premier témoignage visible de la foi en Jésus qu’ils perçoivent…

Cet accueil – quand il est bien vécu – prépare l’ultime accueil dans le Royaume des cieux avec la multitude des Saints qui nous ont précédés. Entre temps, soutenons dans la prière, la marche de nos proches et de tous les défunts vers la maison du Père !

P. Dieudonné MASSOMA

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