Archives

Poursuivons notre série de méditation ouverte sur le cri des Apôtres :« Maître, nous sommes perdus ! Cela ne te fait rien ? ». J’ai voulu dans un premier temps nous entretenir sur le contexte de ce cri des Apôtres. Aujourd’hui, j’aimerais souligner l’actualité de ce cri en rapport avec nos attentes inassouvie.

« Maître, nous sommes perdus ! Cela ne te fait rien ? » (Mc 4,38)

Un cri actuel et des attentes inassouvies !

En ce moment, le monde entier traverse une pandémie d’une rare violence. On avait cru que les pandémies relevaient du Moyen-Age. Voilà que ces maladies qui semblaient sous contrôle – du moins dans les pays dits développés – réapparaissent de nos jours et frappent sans exception toutes les couches de la société. Le Covid-19 n’épargne personne, pas plus les nantis que les plus démunis. Cette pandémie a déstabilisé les systèmes sanitaires les plus performants et les plus aguerris, des pays industrialisés. La fragilité de la science est mise à nu ou presque. L’économie mondiale vacille. Les structures sociales s’effilochent. Et la peur des lendemains incertains gagne les cœurs.

Dans ce frémissement généralisé, l’Eglise n’est pas épargnée. Elle est secouée dans ses fondements avec une fête de Pâques célébrée en catimini. Les messes virtuelles deviennent la seule option pour maintenir la flamme de la foi allumée dans les églises domestiques.

L’allocution du Chef de l’Etat de lundi 13 avril a posé les jalons de déconfinement, sans donner de véritables réponses : il ne les a pas lui-même ou il les découvre au fil du temps. Les populations commencent à s’impatienter. Les échos de la propagation du Covid-19 à travers le monde sont peu rassurants et les résultats des recherches ne comblent pas encore les attentes.

Quand le pouvoir des Etats tangue…, quand la visibilité de l’Eglise se réfugie dans la sphère de la virtualité…, quand la pandémie ne donne pas de signes d’essoufflement…, la « santa plebs » du monde s’inquiète et s’interroge : « Maître, nous sommes perdus ! Cela ne te fait rien ? ».

Voilà une question que beaucoup de personnes poseraient bien au Bon Dieu en ce moment ! Que fais-tu, Dieu, pour ce monde qui souffre ? Tu es là pourtant et le monde souffre ainsi ? Pourquoi refuses-tu d’exercer ta toute puissance pour délivrer le monde, libérer l’humanité de cette terrible pandémie ? Nos questions expriment un sentiment d’indignation et parfois de rejet de Dieu : Il se dit tout-puissant et Il n’exerce pas sa puissance pour sauver les hommes, ses créatures, des griffes mortelles du Covid-19. Les disciples ont eu le même sentiment d’un Dieu absent, d’un Dieu qui se détourne de leur malheur. Dans leur interrogation, se lève un vent de révolte du genre : « c’est inadmissible que Dieu dorme tout en étant dans la barque avec nous ». Un Père peut-il être à ce point indifférent à de ce qui arrive à ses enfants ? D’où la question : « Cela ne te fait rien ? », pour reprocher au Bon Dieu son silence, son retrait…

Un Dieu silencieux est-il un Dieu absent ? Notre monde ne connait l’efficacité que dans l’action, dans le faire et l’agitation… Le silence apparaît ainsi aux yeux de nos contemporains,  façonnés par le culte de l’action visible, comme un retrait, un abandon, une absence totale, une démission … Pour les disciples de Jésus comme pour nous aujourd’hui, le silence de Dieu apparaît comme l’aveu de son impuissance ou mieux de son désintéressement pour ce qui se passe dans le monde. Voltaire va s’employer dans ses écrits à soutenir que : l’idée d’un Dieu présent qui intervient dans la vie de l’homme est un non-sens, une utopie, un conte de fées réservé aux enfants ! Dans la conclusion de son œuvre célèbre Candide (1759), il signe cette phrase lapidaire : « cultivons notre jardin ». Au-delà d’une promotion avangardiste d’un monde écolo, Voltaire professe ce qui est une conviction profonde : la Providence se désintéresse des hommes, il leur appartient de travailler et rendre meilleur « leur jardin », de faire prospérer la terre, d’y travailler pour le progrès. Dieu est absent ! Il est mort proclamera Nietzsche…

Dieu est-il vraiment mort ou est-ce l’homme qui se meurt en voulant assassiner Dieu, l’évincer de son quotidien ? Le silence de Dieu est une parole forte de sa part donnée à notre monde qui s’agite et veut ramer sans Dieu. Ce silence a interloqué les disciples aux commandes d’une barque agitée et inquiété Marthe dans son activisme. Il interroge notre monde face à un virus qui bouscule tout sur son passage. Aurons-nous l’humilité et l’intelligence du cœur – comme les disciples et Marthe – pour associer Dieu à ce qui fait notre angoisse présentement ? Allons-nous lui demander collectivement pardon pour nos péchés prométhéens, la folle tentation de l’homme de se mesurer à Dieu et de se soustraire à sa dépendance ?

Seigneur, nous avons péché contre Toi…, mais près de Toi se trouve le pardon !

Que le Seigneur vous bénisse

Père Dieudonné MASSOMA