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« Reste avec nous Seigneur, car le soir approche et déjà le jour baisse » (Luc 24,22)

Avec cette phrase de l’Evangile de Luc, nous poursuivons notre réflexion pour découvrir ce Seigneur qui chemine à nos côtés dans ces temps tourmentés.

Je vous propose cette …     1ère Partie :  L’Inconnu vient au secours de nos tourments 

Dans l’Evangile de Luc, « reste avec nous Seigneur… » est le point de retournement de l’épisode des Disciples d’Emmaüs, après les tragiques événements de la Passion et les rumeurs de la résurrection de Jésus. Meurtris et confus, les deux disciples prennent la route d’Emmaüs tournant ainsi le dos à Jérusalem, ville où leurs rêves ont basculé. Marchant à pas lents sur ce chemin, Ils s’interrogent mutuellement, ils essaient de comprendre la tournure des événements, d’expliquer comment Jésus, qui paraissait être un grand prophète et un homme de Dieu, a pu être crucifié de la sorte ! La lourdeur de leur marche signe le basculement de toute leur vie. Ils avaient fondé leur vie sur Jésus et voilà qu’il est mort, et, avec sa mort toute leur espérance s’est envolée. Lorsque tout semble perdu, la bonne résolution est de retourner à la case départ. J’admire la force de rebondissement de ces deux hommes, qui ne seraient plus à la fleur de l’âge, pour reconstruire leur « à-venir » ! Savoir repartir, rebondir ne va pas toujours sans inquiétude, sans déplorer le chemin parcouru qui a abouti à l’impasse… Parfois, ce n’est pas ce qu’on a perdu qui alimente nos angoisses, mais le sentiment d’un éternel recommencement.

« Nous qui espérions que… » : Voilà une inquiétude commune à tous les hommes. Le virus des rêves qui s’envolent subitement, est aussi contagieux pour les humains que le Covid-19. L’incertitude crée la panique dans le Groupe des Douze, déstabilise les fondements implantés par Jésus… L’éparpillement de ce noyau sonne-t-il la fin de l’aventure de Jésus sur terre ? Le mouvement de la débandade au sein des Douze, observé après le Vendredi Saint, confirme-t-il la prophétie de Jésus : « je frapperai le Berger et les brebis se disperseront » ? (Mc 14,27). A lire les interrogations des disciples d’Emmaüs, on se rend bien compte que la déception est si profonde, qu’ils sont incapables de se rappeler, de se souvenir des paroles du Maître. La présence d’un Inconnu sur leur route, ses révélations, ses analyses, n’ont pas permis à ces deux hommes de retrouver la mémoire. La déception est un tampon abrasif qui use efficacement notre mémoire.

Avec les découvertes de nouvelles technologies, les prouesses des sciences soutenues par une croissance économique…, nous avons cru – et à raison peut-être – maîtriser l’univers et ses réalités. Nos contemporains ont placé leur espérance dans un monde matérialiste, en une « science toute-puissante et invincible ». Quelle illusion avons-nous devant un virus microscopique qui met complètement notre monde invulnérable à genoux ! Nos attentes sont déçues. Et notre désarroi n’est-il pas comparable à celui de ces deux hommes qui retournent chez eux tout perplexe ?

Aujourd’hui, l’humanité expérimente les affres d’une terrible pandémie qui a mis les horloges de notre monde à l’arrêt : les politiques s’essoufflent et hésitent, l’Eglise retrouve le Cénacle attendant la Pentecôte, les familles sont calfeutrées et ne peuvent même plus profiter des premiers rayons du soleil printanier, les morts sont enterrés sans le moindre dernier hommage de leurs familles… L’humanité entière est au cœur de l’expérience de l’Emmaüs : un chemin de hantise provoqué par les terribles images de la Passion. Le pays des libertés voit sa Liberté muselée. Qui aurait pu le croire ?

Face à ce virus qui dicte sa loi, les populations commencent à désavouer ceux qui ont la responsabilité de les protéger d’une telle tragédie. Depuis peu, la recherche du Bouc émissaire a commencé à animer les débats dans les média. Il ne vient en tête à personne de reconnaître ses limites humaines et de suivre le cours des événements à pas mesurés. Nos projections se heurtent à une impasse qui se laisse découvrir avec le temps. Alors que le déconfinement s’annonce, la frilosité gagne en intensité ! Ceux qui boudaient le confinement, le trouvaient liberticide, s’interrogent sur les mesures peu rassurantes du déconfinement : sa psychose s’amplifie plus que celle du confinement. Quand les choses ne vont pas dans le sens de nos rêves, on déchante très vite. Le syndrome d’Emmaüs réapparaît dans notre contexte actuel. La déception met en déroute les populations et les rend encore plus sceptiques.

Seigneur, aide-nous à reprendre confiance en l’à-venir que nous voulons construire avec Toi. Répands sur nous Ta bénédiction et guéris nous de nos paralysies.

Que le Seigneur vous bénisse

Père Dieudonné MASSOMA