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« Maître, nous sommes perdus ! Cela ne te fait rien ? » (Mc 4,38)

 

Paroissiennes, Paroissiens

Chers fidèles du Christ

C’est à partir de cette phrase que je voudrais vous proposer une réflexion en trois étapes

La première étape va nous permettre de comprendre le :

Contexte de nos cris lancés vers Dieu

Vous reconnaissez certainement le cri des disciples apeurés dans la barque ballotée par une violente tempête, alors que leur Maître, Jésus, dort paisiblement sur un coussin à l’arrière. Ce cri de détresse des disciples dans une barque agitée, se rapproche étonnement d’un autre cri lancé par Marthe à Jésus conversant sereinement avec Marie, sa sœur : « Seigneur, cela ne te fait rien… ? Ma sœur me laisse seule à faire le service » (Lc 10,40).

A priori, aucun lien direct entre les deux scènes de l’Evangile. Le sujet, traité par les deux évangélistes, ne semble pas être le même et, le contexte est totalement différent. Et pourtant…, la question posée par les deux a un fond commun comparable au nôtre.

D’abord une même communauté de souffrance : pour les disciples, c’est l’angoisse d’un naufrage annoncé au cœur d’une mer en furie dans l’indifférence de Jésus plongé dans son sommeil. Quant à Marthe, elle est absorbée et submergée, prise dans la tornade des services domestiques. Elle a à cœur d’offrir à son hôte un accueil digne de son rang : elle est donc « stressée », pour utiliser un vocabulaire actuel. Et Jésus ne lui accorde pas son attention.

Entre le stress paralysant d’un service absorbant et l’incertitude d’une tempête qui soulève des vagues, Marthe et les disciples se rejoignent dans une même communauté d’angoisse, de peur et d’inquiétude. Tous veulent sortir du pétrin : pétrin de la noyade pour les disciples et pétrin de l’honneur mis en berne pour Marthe. Ils sont en train d’expérimenter leurs limites humaines et leurs fragilités. Ils lancent un cri de détresse vers le Seigneur : « Cela ne te fait rien » ? Sommes-nous si loin de cette communauté de souffrance actuellement ?

En suite une communauté de destin : les disciples font l’amère expérience du silence de Jésus absorbé par un curieux sommeil. Je dis bien « un curieux sommeil » ! Car, sur une telle barque de pêche, on peut bien s’interroger sur ce sommeil profond de Jésus qui, en temps normal, ne devrait pas être si profond à cause des vagues houleuses qui frappent cette barque artisanale de part en part. Est-il si fatigué au point de ne plus ressentir le sifflement de la tempête et l’agitation des vagues ? D’une part ce mystérieux sommeil ébranle la foi de ses disciples, et d’autre part l’attention de Jésus focalisée sur Marie isole complètement Marthe dans ses tâches ménagères. Elle se démène pour Lui, mais Lui semble se concentrer sur ce qu’il appelle « la meilleure part de sa sœur Marie ».

Le silence de Jésus à l’arrière de la barque peut être mis en parallèle avec sa concentration qui se porte sur un autre centre d’intérêt : l’écoute attentive de Marie assise à ses pieds. Marthe comme les disciples croyaient Jésus à leurs côtés, portant avec eux pour l’une, les soucis d’un service de charité ignoré et pour les autres, l’inquiétude d’une éventuelle mort par noyade. La communauté de destin est dans le sentiment d’abandon et de passivité de Jésus fortement ressenti par Marthe et les disciples au cœur de leurs épreuves. Face aux affres du Covid-19, ne partageons-nous pas le même destin et les mêmes sentiments d’abandon par Dieu ?

Entre le silence de Jésus et la violence de la tempête, les disciples sont ébranlés. Marthe, de son côté, est inquiète sur le désintérêt  de son Maître pour sa besogne. « Cela ne te fait rien » est loin d’être une prière confiante, mais c’est un vif reproche de l’attitude passive de Jésus alors que la vie des disciples est menacée et que l’honneur d’une femme affairée est au bord de la vexation. Ce cri me rappelle une interrogation poignante des détracteurs du psalmiste au creux du désespoir : « où est-il ton Dieu » ? (Ps 41) ! Au fond, Dieu est-il absent au cœur de notre monde ou bien c’est notre monde qui n’accorde plus son attention à la présence de Dieu ? La question est d’actualité face à un monde ébranlé dans ses fondements par la violence du Covid-19 qui sème la désolation et crée une psychose généralisée. Aux mesures de distanciation sociale, pourquoi ne pas y ajouter la mesure de rapprochement des hommes de notre époque à Dieu, centre gravité nos vie et sa boussole ?

Seigneur donne-nous la grâce de construire ce monde avec Toi !

Que le Seigneur vous bénisse

Père Dieudonné MASSOMA